Par Joanie Fontaine-Dupont, agente en milieux naturels à l’AF2R
Mathieu Auclair travaille comme reboiseur professionnel et dirige depuis quatre ans sa propre entreprise, Reboisement Mathieu Auclair enr., qui réalise principalement des mandats pour les groupements forestiers de L’Islet-Montmagny ainsi que de Québec-Montmorency. Son métier, à la fois physique et exigeant, lui offre néanmoins la chance d’avoir une connexion privilégiée avec la nature.
Peux-tu nous décrire ton travail et nous dire depuis combien de temps tu l’exerces ?
« Je suis principalement reboiseur professionnel. 2025 aura été ma 11ième saison dans le domaine du reboisement, ma 4ième saison à mon compte, et ma 1ière saison avec des employés à temps plein. »
Quel aspect de ton travail préfères-tu ?
« Premièrement, l’aventure.
Deuxièmement, le dépassement de soi.
Troisièmement, la simplicité.
Quatrièmement, les arbres. »
Pour Mathieu, son métier est bien plus qu’un simple travail manuel : c’est une quête personnelle. Il résume sa vision intime de son expérience comme suit : « Je me perçois comme un humain à la recherche d’expériences intenses et profondes. Mon principal axe d’intérêt est d’explorer mes limites physiques et psychiques, afin de les dépasser. Rien ne me fait sentir plus vivant que la prise de conscience de ma liberté d’être et de vivre. ».
Quelle est ta formation ?
« Avec les années, j’en ai accumulé plusieurs. Mais je n’ai aucune formation relative aux travaux sylvicoles. J’ai un AEP de préposé aux bénéficiaires, un certificat universitaire en science des religions, et dans ma vie « pré-planting », j’ai été diplômé de l’École nationale de police du Québec. »
Le reboiseur met en terre différentes espèces d’arbres afin d’enrichir ou de régénérer les milieux forestiers. À l’aide d’outils manuels ou mécanisés, il transporte les plants ainsi que le matériel de plantation dans la zone de reboisement et procède à la mise en terre selon la technique appropriée au milieu. Par son métier, il participe activement à la lutte contre les changements climatiques.
Mathieu utilise de la machinerie forestière lors de ses plantations, comme sur cette photo où il conduit un porteur pour transporter des caissettes de jeunes plants d’arbres. Cette machine facilite le déplacement d’un grand nombre de plants, même sur des terrains difficiles d’accès.
Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?
« Je recherchais la liberté, plus que tout. Je rêvais de voyages et d’avoir du temps pour vivre tout simplement. La nature saisonnière et intensive du reboisement m’a séduite instantanément. »
Si tu avais à motiver des jeunes et d’autres travailleurs à aller dans ton domaine, qu’est-ce que tu leur dirais ?
« Essaye-le !
Le reboisement est une expérience professionnelle et humaine transformatrice et la grande majorité de ceux qui la vivent à fond en sorte transformée pour le mieux. Le reboisement est un portail hors des conventions sociales habituelles et nous permet de nous voir sous un nouveau jour. Les rencontres humaines y sont souvent riches et significatives. »
Y a-t-il des préjugés que tu aimerais démystifier ?
« Le milieu du reboisement est souvent très associé à la culture du « party ». Tous les planteurs semblent avoir des histoires de party sans bon sens ! Et effectivement, la nature intense du travail, la jeunesse des planteurs et l’éloignement en camps forestiers créent un milieu propice aux abus de toute sorte. Et je ne crois pas que ce soit une mauvaise chose d’expérimenter hors des sentiers battus, particulièrement s’il y a une structure de supervision adéquate. Toutefois, mon expérience est que le reboisement est somme toute très compatible avec un mode de vie sain et qu’il est parfaitement possible de pratiquer ce métier sans nécessairement être un « party animal » ou un consommateur d’alcool ou de drogue. »
Le métier de reboiseur est un travail saisonnier de 4 à 6 mois par année dont le salaire varie en fonction du nombre d’arbres plantés. En ce qui concerne l’entreprise de Mathieu, les reboiseurs travaillent entre 4 et 5 jours par semaine et une journée typique commence à 5h du matin et s’étire jusqu’à 15h.
Durant cette journée de 10h, le travail de reboisement occupe près de 8h de la journée, selon la distance de route séparant les sites de travaux sylvicoles.
Les planteurs sont responsables de leur rendement et gèrent eux-mêmes leur temps de pause. Ils doivent planter rapidement, tout en maintenant des standards de qualité. Ces standards sont évalués au courant de la journée par les contremaîtres en effectuant des parcelles d’évaluation.
Merci Mathieu pour ce merveilleux témoignage !
Pour plus d’informations sur le métier de reboiseur professionnel, consultez le site internet Touche du bois.


