Témoignage forestier : l’ingénieur du bois

Par Joanie Fontaine-Dupont, agente en milieux naturels à l’AF2R

Étienne Desalliers est ingénieur du bois. Il travaille chez Charpentes Montmorency à Saint-Raymond, une entreprise spécialisée dans l’ingénierie et la fabrication de systèmes de charpentes en bois. Son travail consiste à concevoir des structures performantes en bois massif et en gros bois d’œuvre, contribuant ainsi à la séquestration du carbone et à la réduction des émissions nettes de CO₂ dans l’atmosphère.

Peux-tu nous nommer ton travail et nous dire depuis combien de temps tu l’exerces ?

« Je suis ingénieur en structure de bois chez Charpentes Montmorency à Saint-Raymond depuis presque deux ans, mais j’ai débuté en 2021 en tant que stagiaire en structure/ingénierie, ici même chez Charpentes Montmorency. »

Quelles sont tes tâches au quotidien ?

« En tant que fabricants, nous recevons la plupart du temps des concepts ou des plans déjà réalisés, et le gros de mon travail est de créer des assemblages pour former une structure solide. Mais il arrive aussi que nous fassions nous-mêmes des design build, et réalisions la conception de la structure du bâtiment. Donc, en plus de faire les assemblages, nous pouvons faire la conception de toutes les membrures qui composent la structure. Avec le fait que nos bureaux soient annexés à l’usine, une autre de mes tâches est de faire des vérifications et du contrôle qualité sur les pièces produites pour les différents projets. En bref, mes journées varient beaucoup, mais je dirais que le plus gros de mon temps est occupé à faire du calcul et de la conception. »

Quel aspect de ton travail préfères-tu ?

« C’est particulier ici chez Charpentes, nos bureaux sont annexés avec nos usines de production. L’une des choses que j’aime le plus, c’est d’être en mesure de voir les pièces que je conçois à l’ordinateur produites les semaines suivantes dans l’usine. »

Étienne travaille principalement dans son bureau, mais aussi occasionnellement dans l’usine de fabrication des pièces en bois qui est située à côté, ce qui lui permet de faire des vérifications et du contrôle qualité des pièces produites pour ses différents projets.

Quelle est ta formation ?

« J’ai étudié en génie du bois à l’Université Laval, c’est un BAC de quatre ans. Les BAC de génie te permettent d’accéder à la profession d’ingénieur après graduation. »

L’ingénieur du bois est le spécialiste du bois. Il peut travailler en usine comme responsable de l’ensemble des opérations de transformation, de la recherche, du développement et de la mise en marché des produits ; il peut aussi travailler dans le domaine de la construction de bâtiments en bois.

Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?

« Mon grand-père était ingénieur forestier et mon père est technicien forestier, donc, depuis que je suis jeune, je navigue dans le domaine de la foresterie. Je n’avais pas nécessairement le désir d’aller travailler en forêt, mais j’aimais beaucoup la construction. J’ai donc trouvé le meilleur des deux mondes : je construis des bâtiments en bois, c’est un peu un agencement des deux. »

Étienne conçoit des bâtiments en bois pour le marché résidentiel, commercial, industriel et institutionnel public. Ses plans rendent possible la construction de charpentes à l’aide de gros bois d’œuvre, ainsi que la création de nombreux projets à base de bois massif, qu’il soit lamellé-collé, lamellé-croisé (CLT) ou lamellé-cloué (NLT).

Qu’est-ce qui est motivant dans ton domaine et que tu aimerais partager avec la relève ?

« Je leur dirais que c’est un domaine en pleine expansion et toujours en train de s’innover. La construction en bois au Québec est quand même récente par rapport à d’autres endroits dans le monde, comme en Europe par exemple. Il y a beaucoup de développement avec de nouvelles technologies qui sont créées chaque année. De plus, il n’y a pas une forte demande pour les ingénieurs en structure de bois, puisqu’il n’y en a pas beaucoup. Pour tous ceux qui désirent aller dans ce domaine, la possibilité d’emploi est grande ! »

Y a-t-il des préjugés que tu aimerais démystifier ?

« Il y a quand même plusieurs préjugés sur les bâtiments en bois. Le premier qui revient souvent, c’est que le bois brûle. Oui, le bois brûle, mais comparativement à l’acier qui va se déformer avec la température lors d’un incendie, le bois va plutôt se carboniser et s’auto protéger pour conserver sa capacité de support. À un moment donné, il ne sera même plus capable de se brûler. Les structures sont conçues avec de grands facteurs de sécurité pour contrer l’effet du feu. 

Un autre préjugé est que le bois pourrit. Pas nécessairement, ça dépend des conditions. Dans la structure de bois massif, lamellé-collé, ce n’est pas un problème auquel on fait face. Souvent, le bois est protégé ou n’est pas exposé à la pluie. 

Encore un autre : construire en bois est mauvais pour les forêts. C’est faux parce que, de plus en plus, les projets sont classés FSC, ou autres, ce qui force les producteurs à utiliser du bois qui provient d’une forêt renouvelable et bien gérée. 

Puis le dernier, c’est qu’un ingénieur du bois travaille seulement dans des scieries. Peut-être, il y a une quarantaine d’années, mais, actuellement, il y a beaucoup de domaines différents qui peuvent être faits par un ingénieur qui a suivi la même formation que moi. Oui, tu peux travailler dans une usine pour améliorer les procédés, mais tu peux aussi faire de la structure, comme tu peux faire de la recherche. C’est très varié comme domaine, malgré ce qu’on pense. »

Merci Étienne pour ce merveilleux témoignage !

Pour plus d’informations sur le métier d’ingénieur du bois, consultez le site internet Touche du bois.

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